
Y a-t-il un autre projet possible pour lââ¬â¢artiste que de changer le monde? Ne serait-ce quââ¬â¢un peu! Au moins le changer dans le regard des autres, dans notre perception, dans son intelligibilité. En cela le projet artistique se rapproche du projet scientifique et du projet politique.
Les réseaux ont étendu la portée de lââ¬â¢activisme du politique au symbolique. Pourtant on ne peut que sââ¬â¢interroger sur lââ¬â¢impact de gestes souvent dérisoires, dont la portée ne dépasse pas le jardin de ses pairs. Le label ë hacktivisme û, copulation de
hacker et dââ¬â¢
activiste, apparait de plus en plus làoù on ne lââ¬â¢attend pas : sur des objets gentiment anticonformistes, comme un blouson clouté pour cacher la cravate.
La prétention politique constitue parfois un mince palliatif àlââ¬â¢inconsistance symbolique. La réussite en la matière provient plus souvent de lââ¬â¢impact médiatique, les médias constituant en fait la cible véritable dââ¬â¢une partie significative de projets labélisés ë hactivistes û. Pour dââ¬â¢autres, fort heureusement, il sââ¬â¢agit aussi de confirmer son appartenance àune communauté qui affirme sa vigilance face aux médias numériques et àceux qui les contrôlent.
La frontière est ténue entre lââ¬â¢action sociale, lââ¬â¢exercice de sociologie amusante, et le projet artistique. Cââ¬â¢est bien souvent lââ¬â¢espace de divulgation qui traditionnellement localise le projet dââ¬â¢un côté ou de lââ¬â¢autre des champs de lââ¬â¢action. Le critique dââ¬â¢art mentionnant une action sur le Net la tire vers la pratique artistique alors que le sociologue noterait le phénomène comme témoin dââ¬â¢un processus àlââ¬â¢Ã
âuvre. La chose on le sait nââ¬â¢est pas propre aux pratiques numériques, mais cââ¬â¢est làle lieu où se développent les pratiques hybrides, tout aussi ambigües dans leur forme que dans leur intention.
Le projet est ici de traquer, dans notre environnement ce qui aura été modifié par notre pratique. Le noter, en recueillir des témoignages, en faire un catalogue dont la minceur inéluctable sera làpour confirmer quââ¬â¢il est plus difficile de marquer les esprits que la surface des choses.