
Paris, métro ligne 1. La station
Franklin Roosevelt est en travaux sous les Champs Ãâ°lysées. Considérée par beaucoup, lors de sa rénovation dans les années cinquante, comme la plus belle station du monde, elle était avec le temps devenue le témoignage le plus authentique de la capacité de la modernité àatteindre la désuétude la plus accomplie.
En 1999, avec Jean Nouvel, nous avions gagné le concours architectural pour sa renaissance. A lââ¬â¢Ã©poque nous avons conçu
la Station Bleue. La station entière transformée en un monochrome IKB. Tout était bleu, y compris le carrelage ë métro û, le sol, le mobilier mais aussi la lumière éclairant la voie, le cÃ
âur mal-aimé des stations.
Le projet opérait une double alchimie :
Il donnait la vie àla station convertissant - dans lââ¬â¢esprit de ce que jââ¬â¢appelais ensuite le
design comportemental - un lieu de vie statique dans son architecture en entité vivante animée par sa fonction. Tout, dans le son, lââ¬â¢image et la lumière, donnait àvivre le temps réduit de notre présence comme un moment rare. En refusant de chercher àsââ¬â¢effacer devant lââ¬â¢usager, défiant ainsi la lassitude née de lââ¬â¢inexorable répétition des fonctions quotidiennes, le projet magnifiait ces dernières. Attente, arrivée, départââ¬Â¦ En image, en lumière ou en son le volume animé de la station reprenait vie àchaque apparition de la rame.
Une autre mutation inattendue : la station devenait un lieu de culture avec ses commissaires, désignés annuellement par un comité éditorial, qui invitaient les artistes àorienter la manière dââ¬â¢Ãªtre de la station, la symbolique des rames, les irruptions synchrones de lââ¬â¢image qui leur léchait les flancs sur toute la longueur des quais.
On nous avait bien dit que supprimer lââ¬â¢affichage publicitaire et surtout (!) la boutique de vêtements Pekka qui occupait petitement le centre du quai pourrait poser un problème pour lââ¬â¢Ã©quilibre économique au projet. On nous disait aussi que ces espaces publics, dédiés àlââ¬â¢attente et au transit, sont en quête dââ¬â¢une nouvelle légitimité qui sublimerait leur fonction initiale. Pour mémoire : Le métro symbolisait dans lââ¬â¢imaginaire des années 60 le commencement du cycle de lââ¬â¢aliénation (métro-boulot-dodo). Aujourdââ¬â¢hui, la consommation en sous sol du prêt àporter bas de gamme légitimerait, au denier prés, la tectonique des strates sociales laissant le luxe se déployer allègrement àlââ¬â¢air libre.
Lââ¬â¢histoire voulut que ce concept qui fête bientôt ses dix ans ne voie pas le jour. Cââ¬â¢est ce qui me donne lââ¬â¢opportunité de livrer un projet, utopique par construction, ÃÂ
la Décharge quââ¬â¢il nââ¬â¢aurait jamais su quitter.