Cosmopolis est probablement une des plus grandes installations interactives jamais réalisées (2005). Ce dispositif de 25m de diamètre sur le développement urbain àfait le tour de Chine et a atteint jusquââ¬â¢Ã 10 700 visiteurs par jours àShanghai. Devant lââ¬â¢opportunité de présenter cette pièce de taille au Grand Palais, àParis, je demandais àlââ¬Ëentreprise qui la stockait dââ¬â¢Ã©valuer la difficulté de la réinstaller. Il me fallut deux mois pour obtenir une réponse :
Cosmopolis était parti àla décharge !
Les douze télescopes de réalité virtuelle conçus et construit pour cette installation ainsi que lââ¬â¢ensemble de la structure incluant ses douze écrans de 4 x 3 m se sont retrouvés naturellement "dumpés". Bien entendu lââ¬â¢Ã©lectronique, les écrans plasma et les PC ont été soigneusement récupérés. Je suppose, et les auteurs de cet acte courageux et symbolique ne se sont pas étendus sur le sujet, quââ¬â¢il sââ¬â¢agissait de matière encombrante qui ne pouvait que freiner le retour des choses àla vie, autrement dit des équipements àune activité plus lucrative. Passablement agacé par lââ¬â¢Ã©pisode je dû me rendre àlââ¬â¢Ã©vidence, seuls les chinois auront contribué àconstruire un paysage urbain dynamique, mixant 12 villes de la planète par le simple exercice du regard. Seuls les habitants de ChongQing, Chengdu, Pekin et Shanghai ont pu laisser la trace mémorielle de leurs déambulations scopiques sur la ë mémoire rétinienne collective û dont il me reste pour tout viatique quelques instantanés
Je ne pensais pas que la fréquentation régulière de la décharge àconcepts entrainerait vers la décharge les projets réalisés, qui plus est de grande envergure.
Cela conduit àune relativisation de la chose artistique, qui porte àpenser quââ¬â¢il en est des Ã
âuvres de lââ¬â¢esprit comme des individus, lorsque lââ¬â¢on sépare lââ¬â¢esprit de du corps, quand on les ë désactive û pour les pièces interactives, elles redeviennent une masse de matière inerte et donc sans valeur, ni marchande ni spirituelle.
Lââ¬â¢Ã©quivalent en peinture reviendrait àrécupérer la toile de lin en la débarrassant de toute cette matière encombrante et racornie qui lui confère une rigidité déplacée.
Je propose donc que dans lââ¬â¢Ã©valuation de lââ¬â¢art on associe toujours àla valeur marchande de la pièce (VM), sa valeur résiduelle (VR), celle qui résulte du recyclage de ses composants. On considèrera que sur le plan financier, la valeur artistique dââ¬â¢une Ã
âuvre est la différence des deux montants VA = VM ââ¬â VR. Je me souviens alors dââ¬â¢une discussion avec Judith Benhamou-Huet, éminente spécialiste du marché de lââ¬â¢art, qui mââ¬â¢expliquait quââ¬â¢il arrive même que la VA soit négative. Cââ¬â¢est àdire que la valeur marchande de lââ¬â¢Ã
âuvre soit inférieure àsa valeur résiduelle, si par exemple le transport àla décharge du matériau résultant avait un coût supérieur àsa valeur de reprise. Si les
transports àla décharge sont au cÃ
âur de mes préoccupations, il est probable que je tente dorénavant de maintenir la VA dans le positif, et ceci afin de rester en bons termes avec mon banquier et ma conscience.