{"id":18648,"date":"2002-07-11T00:02:08","date_gmt":"2002-07-10T16:02:08","guid":{"rendered":"http:\/\/benayoun.com\/moben\/2002\/07\/11\/on-line-life-line-art-schifts\/"},"modified":"2017-03-14T09:51:41","modified_gmt":"2017-03-14T01:51:41","slug":"on-line-life-line-art-schifts","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/2002\/07\/11\/on-line-life-line-art-schifts\/","title":{"rendered":"On Line, Life Line, Art Schifts"},"content":{"rendered":"<p>[vc_row css_animation=&#8221;&#8221; row_type=&#8221;row&#8221; use_row_as_full_screen_section=&#8221;no&#8221; type=&#8221;full_width&#8221; angled_section=&#8221;no&#8221; text_align=&#8221;left&#8221; background_image_as_pattern=&#8221;without_pattern&#8221;][vc_column][vc_column_text]<\/p>\n<h3><strong>Glissements de la donne spatio-temporelle<\/strong><\/h3>\n<p>publi\u00e9 dans la revue e-What, <em>Conquest of time, 2002<\/em><\/p>\n<p><strong>Le r\u00e9el r\u00e9f\u00e9rent et son spectateur.<\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est un lieu commun que de souligner l&#8217;incidence des technologies de l&#8217;information sur notre perception de l&#8217;espace et du temps. Il reste toutefois pertinent d&#8217;en \u00e9tudier les implications sur la cr\u00e9ation artistique. Le projet est ici d&#8217;envisager de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale l&#8217;impact de ces mutations sur notre compr\u00e9hension du statut de l&#8217;art et de son \u00e9volution parmi les pratiques humaines.<\/p>\n<p><strong>L&#8217;\u00e9chelle du monde et l&#8217;horloge biologique<\/strong><\/p>\n<p>Quand la technologie permet la prise de contact et le dialogue instantan\u00e9 avec l&#8217;ensemble de la plan\u00e8te, c&#8217;est notre sentiment de la proximit\u00e9 qui est modifi\u00e9. Au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle Napol\u00e9on d\u00e9finit la subdivision de l&#8217;\u00e9tat susceptible d&#8217;\u00eatre administr\u00e9 qu&#8217;il nomme \u00ab\u00a0d\u00e9partement\u00a0\u00bb. Chaque d\u00e9partement est gouvern\u00e9 depuis un chef lieu. Les fronti\u00e8res du d\u00e9partement sont d\u00e9finies, non pas en kilom\u00e8tres ce qui ne prendrait pas en compte les irr\u00e9gularit\u00e9s du relief, mais en fonction de la distance qu&#8217;un homme \u00e0 cheval peut parcourir depuis le \u00ab\u00a0chef lieu\u00a0\u00bb pour atteindre la p\u00e9riph\u00e9rie. La plus grande unit\u00e9 administrable doit \u00eatre au maximum \u00e0 une journ\u00e9e de l&#8217;instance administrative. La cartographie du pouvoir et les potentialit\u00e9s de son exercice \u00e9taient donc d\u00e9finis sur la base de l&#8217;unit\u00e9 de temps ramen\u00e9e \u00e0 l&#8217;exp\u00e9rience qu&#8217;a le corps de l&#8217;espace qu&#8217;il parcourt.<\/p>\n<p>Il semblerait qu&#8217;\u00e0 l&#8217;aube du vingt et uni\u00e8me si\u00e8cle les limites de l&#8217;espace gouvernable soient de la m\u00eame mani\u00e8re situ\u00e9es \u00e0 un jour des lieux de pouvoir. Seule la distance kilom\u00e9trique a chang\u00e9. A l&#8217;heure des r\u00e9seaux, chacun peut agir \u00e0 cette \u00e9chelle. R\u00e9duisant le co\u00fbt de l&#8217;\u00e9change, Internet modifie la taille de notre p\u00e9rim\u00e8tre de proximit\u00e9. Cependant, si nous pouvons partager le pr\u00e9sent de l&#8217;autre distant de 20\u00a0000 Km, nous ne pouvons modifier notre horloge biologique. Celle-ci, fond\u00e9e sur le cycle de rotation de la terre, nous d\u00e9conseille de contacter quelqu&#8217;un dont on pr\u00e9suppose qu&#8217;il dort \u00e0 la m\u00eame heure. Les fuseaux horaires se superposent au temps universel pour contraindre l&#8217;\u00e9chelle de la plan\u00e8te. S&#8217;il est maintenant possible de confondre les pr\u00e9sents distants, multipliant liens et raccourcis qui cr\u00e9ent un hyperespace complexe, le corps est l\u00e0 pour nous rappeler ce qui constitue l&#8217;ultime lin\u00e9arit\u00e9 de notre perception\u00a0: c&#8217;est le continuum physiologique\u00a0: l&#8217;exp\u00e9rience physique que nous avons du temps subjectif.<\/p>\n<p>Le montage cin\u00e9matographique se joue de la repr\u00e9sentation en encha\u00eenant les points de vues \u00e9clat\u00e9s d&#8217;une perception ubiquiste du monde. Il reproduit en cela des processus mentaux que notre intellect a eu vite fait de coder. Le monde num\u00e9rique multiplie les raccourcis spatio-temporels que notre corps structurellement vieillissant ne parvient pas \u00e0 int\u00e9grer. C&#8217;est probablement \u00e0 notre capacit\u00e9 d&#8217;adaptation \u00e0 cette nouvelle topologie que nous devrons le d\u00e9veloppement de nouvelles formes d&#8217;\u00e9criture qui prendront en compte sa sp\u00e9cificit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>L&#8217;\u00e9cho, la lecture de l&#8217;espace comme temps.<\/strong><\/p>\n<p>Le temps de r\u00e9ponse de l&#8217;espace qui nous environne d\u00e9termine notre perception de l&#8217;univers. L&#8217;angoisse qu&#8217;inspirent les espaces infinis ne vient pas d&#8217;un \u00e9cho lointain qui tarde \u00e0 venir mais de l&#8217;absence d&#8217;\u00e9cho. Ce qui trouble dans l&#8217;espace virtuel, c&#8217;est l&#8217;absence de surface de rebond du son ou de l&#8217;image que l&#8217;on produit. C&#8217;est cette r\u00e9sistance du monde repr\u00e9sent\u00e9 qui donnerait dans un premier temps le sentiment de localisation et ensuite et surtout le sentiment d&#8217;existence.<\/p>\n<p>A l&#8217;heure du Net mondial , c&#8217;est une g\u00e9ographie interrelationnelle qui se met en place. Ce n&#8217;est plus le bruit de nos pas qui r\u00e9sonne dans l&#8217;espace des r\u00e9seaux, c&#8217;est la r\u00e9ponse au mail. C&#8217;est le temps de r\u00e9ponse au courrier qui d\u00e9finit la distance entre les individus. C&#8217;est une distance sociale faute d&#8217;\u00eatre g\u00e9ographique qui asservi la notion d&#8217;\u00e9loignement \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle des priorit\u00e9s. Virtuellement, le monde entier est accessible. Les limites de l&#8217;espace qui d\u00e9finissent notre univers informationnel sont celles qui r\u00e9sultent de notre capacit\u00e9 \u00e0 obtenir une r\u00e9ponse personnalis\u00e9e. C&#8217;est un espace d\u00e9fini par des fronti\u00e8res changeantes qui rappellent, en termes de pouvoir, les conqu\u00eates territoriales.<\/p>\n<p><strong>Le miroir global<\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;\u00eatre au monde se ressent dans la prise de contact avec l&#8217;espace environnant. Pour l&#8217;enfant, c&#8217;est la prise en compte d&#8217;un espace distinct de l&#8217;espace fusionnel primitif. Au travers d&#8217;une perception syncr\u00e9tique de l&#8217;espace, l&#8217;enfant d\u00e9veloppe son sentiment d&#8217;existence par la perception de la r\u00e9activit\u00e9 du monde. C&#8217;est la fonction miroir du monde qui lui permet de prendre conscience de son autonomie et des limites de sa r\u00e9alisation. C&#8217;est parce qu&#8217;il est obstacle que le monde nous fait exister, c&#8217;est parce que, tel un miroir, il renvoie notre image que nous prenons conscience de notre contour comme interface et surface de contact.<\/p>\n<p>Internet est \u00e0 consid\u00e9rer comme un nouvel espace vital. Face \u00e0 la virtualit\u00e9 de ses contours, l&#8217;utilisateur est amen\u00e9 \u00e0 en tester les limites. Si le monde est \u00e0 une journ\u00e9e de chacun de nous, comment supporter que ce monde ignore notre existence. Les chats et l&#8217;email, exaltent la fonction phatique des outils de communication en permettant \u00e0 chacun de se mesurer \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle de la plan\u00e8te. L&#8217;Internet est utilis\u00e9 alors comme miroir de nos fantasmes. Dans le dialogue en ligne avec l&#8217;inconnu, l&#8217;\u00e9change se r\u00e9duit le plus souvent \u00e0 la confirmation de l&#8217;existence de chacun qui d\u00e9cline une identit\u00e9 d&#8217;emprunt. Bien souvent la fiction est la r\u00e8gle. L&#8217;autre, par convention accepte le simulacre et chacun en revient satisfait d&#8217;un miroir magique qui r\u00e9fl\u00e9chit enfin l&#8217;image de ses d\u00e9sirs. Le tout s&#8217;op\u00e8re dans une non communication g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e qui satisfait n\u00e9anmoins, le succ\u00e8s en est la preuve, certains besoins dans un processus de survie qui pour changer d&#8217;\u00e9chelle d\u00e9place les manques et les n\u00e9cessit\u00e9s. <a href=\"http:\/\/moben.net\/conquestoftime.htm#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/p>\n<p><strong>Le temps de vie\u00a0: \u00e9conomie de la relativit\u00e9 absolue<\/strong><\/p>\n<p><strong>La mesure du temps, unit\u00e9 mon\u00e9taire.<\/strong><\/p>\n<p>A une \u00e9poque o\u00f9 le syst\u00e8me marchand guide la production des objets culturels ainsi que l&#8217;ensemble des processus d&#8217;\u00e9change, la valeur \u00e0 gliss\u00e9 et le temps de vie, au travers le plus souvent du temps d&#8217;attention, devient le v\u00e9ritable enjeu. Dans le champs du produit culturel, la communication et la publicit\u00e9 sur le produit semblent pr\u00e9valoir, au moins comme pr\u00e9alable, sur la vente du produit lui-m\u00eame, et l&#8217;objet de la n\u00e9gociation porte le plus souvent sur la fr\u00e9quence et la dur\u00e9e de d&#8217;attention que le consommateur potentiel est susceptible d&#8217;investir comme participation \u00e0 la d\u00e9pense informationnelle. Il accepte ainsi la pr\u00e9sence de messages commerciaux s&#8217;ils lui permettent d&#8217;obtenir satisfaction en termes de contenu \u00e0 moindre frais.<\/p>\n<p>La disparition de l&#8217;esclavage, remplac\u00e9 par le salaire, nous a habitu\u00e9 \u00e0 payer \u00e0 la dur\u00e9e la force de production. Il faudra que l&#8217;on se fasse \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de payer la paresse. Un droit certes l\u00e9gitime, dor\u00e9navant d\u00fbment r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. Au moins pour ceux qui en font commerce. L&#8217;annonceur publicitaire, sur Internet comme sur l&#8217;ensemble des m\u00e9dias ach\u00e8te du temps de vie du client potentiel. Il ach\u00e8te de la pr\u00e9sence et de la dur\u00e9e. De son c\u00f4t\u00e9 le public \u00ab\u00a0cible\u00a0\u00bb accepte de payer pour du temps de loisir, de spectacle, de vacances, de retraite, bref pour pouvoir d\u00e9cider et jouir presque librement de son temps de vie ou de ce qui en reste. La valeur d&#8217;\u00e9change est devenu le temps que l&#8217;on accorde. Et l&#8217;on paie ais\u00e9ment plus cher ce qui nous fait \u00ab\u00a0\u00e9conomiser\u00a0\u00bb ce temps\u00a0: les r\u00e9seaux haut d\u00e9bit, les supersoniques et l&#8217;absence d&#8217;attente g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. On en finit par imaginer, comme certains le proclament, le temps o\u00f9 l&#8217;on na\u00eetra avec un capital que l&#8217;on d\u00e9pensera pour acqu\u00e9rir le droit \u00e0 user librement de son temps.<\/p>\n<p><strong>Hyperfluidit\u00e9 et rugosit\u00e9 \u00a0: La Plan\u00e8te Interdite<\/strong><\/p>\n<h3>Le temps r\u00e9el\u00a0: distanciation et d\u00e9lai<\/h3>\n<p>On le sait, l&#8217;\u00e9volution des technologies de la communication tend vers une fluidification des \u00e9changes. Tout se passe comme si l&#8217;ultime fantasme de l&#8217;humanit\u00e9 serait de tendre vers une d\u00e9mat\u00e9rialisation totale des valeurs d&#8217;\u00e9change. Des \u00e9volutions comparables se retrouvent dans le champs de l&#8217;\u00e9nergie\u00a0: le bois, le charbons, le p\u00e9trole, l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, l&#8217;induction, les micro-ondes. La mati\u00e8re produisant la plus forte valeur ajout\u00e9e est probablement actuellement l&#8217;information. Les glissements \u00e9conomiques du champ de l&#8217;\u00e9nergie vers celui de la communication ne sont plus \u00e0 d\u00e9montrer. Derri\u00e8re ce qui pourrait se r\u00e9duire \u00e0 de simples enjeux \u00e9conomiques se trouve probablement l&#8217;aspiration de l&#8217;humanit\u00e9 \u00e0 une extension de ses pouvoirs qui passerait outre les limites de la mati\u00e8re. Servant l&#8217;\u00e9conomie, la technologie tente accessoirement de satisfaire nos fantasmes.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Virilio on imagine qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e8re du temps r\u00e9el, l&#8217; hyperfluidit\u00e9 des \u00e9changes permise par les r\u00e9seaux augmente le risque d&#8217;instabilit\u00e9. La vitesse des flux mon\u00e9taires activ\u00e9s simultan\u00e9ment depuis chaque point de la plan\u00e8te, \u00e0 toute heure du jour et de la nuit, favorise l&#8217;hyperr\u00e9activit\u00e9 boursi\u00e8re. L&#8217;absence de friction, en r\u00e9duisant l&#8217;inertie, augmente l&#8217;instabilit\u00e9 et donc le risque d&#8217;accident.<\/p>\n<p>En r\u00e9duisant le d\u00e9lai entre la d\u00e9cision et sa r\u00e9alisation et en d\u00e9mat\u00e9rialisant la repr\u00e9sentation pour la rendre plus ais\u00e9e \u00e0 produire on r\u00e9alise une des aspirations que l&#8217;humanit\u00e9 pla\u00e7ait jusque l\u00e0 dans le magique ou le mystique. Un film culte des ann\u00e9es cinquante, la Plan\u00e8te Interdite <a href=\"http:\/\/moben.net\/conquestoftime.htm#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2] <\/a>, raconte l&#8217;histoire des Krels qui sont all\u00e9s tellement loin dans la ma\u00eetrise de la technologie qu&#8217;ils sont parvenus \u00e0 obtenir de commander la mati\u00e8re par la pens\u00e9e jusqu&#8217;au point que leurs r\u00eaves les plus insens\u00e9s puissent \u00eatre instantan\u00e9ment r\u00e9alis\u00e9s.<\/p>\n<p>De nos jours il suffit de r\u00eaver suffisamment fort que deux avions s&#8217;\u00e9crasent sur les tours les plus hautes de New York pour que la chose se r\u00e9alise. Le pensable est devenu possible et le possible est devenu ais\u00e9ment r\u00e9alisable. R\u00e9duire la friction, c&#8217;est aussi r\u00e9duire la possibilit\u00e9 de distanciation et donc offrir \u00e0 chacun la possibilit\u00e9 d&#8217;avoir un impact d\u00e9mesur\u00e9 en tout point de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est que plus tard que l&#8217;on comprend pourquoi les Krels ont disparu. Si leurs r\u00eaves pouvaient se r\u00e9aliser, leurs cauchemars aussi. Et c&#8217;est ainsi qu&#8217;ils se sont d\u00e9truits les un les autres. Il suffisait d&#8217;y penser.<\/p>\n<h3>Quels r\u00f4les pour l&#8217;artiste\u00a0en ligne :<\/h3>\n<p>On pourrait alors postuler que le r\u00f4le de l&#8217;artiste, dans le d\u00e9frichage forcen\u00e9 des territoires num\u00e9riques, est d&#8217;introduire de la rugosit\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 tout semble aller de soi. Des surfaces de r\u00e9sistance. Augmenter les facteurs de distanciation.<\/p>\n<p>L&#8217;artiste retrouve ainsi un r\u00f4le social. Impliqu\u00e9 dans les processus de communication, il participe \u00e0 l&#8217;exploration du m\u00e9dium, \u00e0 l&#8217;\u00e9laboration des outils, marquant le territoire de diff\u00e9rentes mani\u00e8re. Il cr\u00e9e de la <em>rugosit\u00e9 <\/em>l\u00e0 o\u00f9 tout est trop lisse, de la <em>transparence <\/em>l\u00e0 o\u00f9 domine l&#8217;opacit\u00e9 et de la <em>distorsion <\/em>l\u00e0 o\u00f9 les lignes sont trop droites, les r\u00e8gles trop \u00e9crites et les fronti\u00e8res trop nettes. Si les choses \u00e9taient simples, son action se r\u00e9sumerait \u00e0 l&#8217;\u00e9quation suivante\u00a0:<\/p>\n<p>R\u00f4le de l&#8217;artiste\u00a0= Rugosit\u00e9 (le grain de sable) + distorsion (subjectivit\u00e9\u00a0: le point de vue du sujet dans la massification) + transparence (lisibilit\u00e9\u00a0: lectures multiples).<\/p>\n<p><strong>Le temps-mati\u00e8re dans les pratiques artistiques<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&#8217;\u0153uvre ouverte sur son devenir<\/strong><\/p>\n<p>La conception traditionnelle de l\u2018\u0153uvre d&#8217;art est directement li\u00e9e \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de m\u00e9moire et d&#8217;ach\u00e8vement. La nature morte ( <em>still <\/em><em>life <\/em>), le paysage et le portrait constituent une forme de sublimation de l&#8217;image de la nature dans l&#8217;arr\u00eat du temps. \u00c9chapper au pourrissement et gagner l&#8217;\u00e9ternit\u00e9 au travers d&#8217;une forme id\u00e9alis\u00e9e de la m\u00e9moire. L&#8217;\u0153uvre &#8221; \u00a0achev\u00e9e\u00a0 &#8221; satisfait un espoir\u00a0: le d\u00e9sir de durer. Dans sa qu\u00eate d&#8217;absolu la forme parfaite de l&#8217;\u0153uvre achev\u00e9 ne supporte pas l&#8217;\u00e0 peu pr\u00e8s, dit-on. L&#8217;ach\u00e8vement, l&#8217;id\u00e9e de la perfection de la forme arr\u00eat\u00e9e, c&#8217;est ce qui est remis en cause par cette \u0153uvre ouverte d&#8217;un nouveau genre. Celle qui est issue du num\u00e9rique, de la g\u00e9n\u00e9rativit\u00e9, du virtuel fonde son esth\u00e9tique sur le devenir, sur la prise en compte de la temporalit\u00e9 comme mati\u00e8re premi\u00e8re de la cr\u00e9ation.<\/p>\n<p><strong>La temporalit\u00e9 comme \u00e9l\u00e9ment structurant de la composition.<\/strong><\/p>\n<p>Depuis le temps du regard au temps de la visite.<\/p>\n<p>La temporalit\u00e9 du tableau s&#8217;exprime dans le parcours du regard savamment guid\u00e9 par la composition. C&#8217;est le temps de la r\u00e9ception qui construit parfois des moments de r\u00e9cit, des lectures diachroniques de l&#8217;\u0153uvre.<\/p>\n<p>La temporalit\u00e9 de l&#8217;\u0153uvre interactive, c&#8217;est aussi celle v\u00e9cue par le spectateur au moment de la r\u00e9ception de l&#8217;\u0153uvre. C&#8217;est encore celle qui se d\u00e9roule comme dans un film en une succession d&#8217;\u00e9v\u00e9nements, composition temporelle qui s&#8217;ajoute \u00e0 la composition spatiale du tableau. C&#8217;est enfin celle qui d\u00e9coule de la prise en compte du comportement et de l&#8217;action du visiteur, infl\u00e9chissant la chronologie dynamique, encha\u00eenant les \u00e9v\u00e9nements qui abandonnent un instant une virtualit\u00e9 cong\u00e9nitale.<\/p>\n<p>Dans un environnement virtuel, le cadrage dispara\u00eet puisque le regard en perp\u00e9tuel d\u00e9placement peut choisir son angle, son point de focalisation, son recul alors que la fen\u00eatre \u00e0 bien souvent disparu au profit du faisceau mouvant du regard. Avec la disparition du cadre, c&#8217;est la composition qui perd son sens. Ce que l&#8217;auteur compose, c&#8217;est d&#8217;une part l&#8217;espace qui pourrait \u00eatre celui de l&#8217;architecte ou du paysagiste, c&#8217;est aussi l&#8217;ensemble des r\u00e8gles qui r\u00e9gissent le devenir du monde qu&#8217;il donne \u00e0 visiter. Et c&#8217;est bien l\u00e0 que s&#8217;applique l&#8217;\u00e9criture dans une pratique qui n&#8217;a plus rien \u00e0 voir avec la composition canonique et qui cherche encore ses lois. La composition d\u00e9miurgique de l&#8217;\u0153uvre immersive se joue du temps comme d&#8217;une perspective. Il est la profondeur, m\u00e9nage les d\u00e9couvertes, cr\u00e9e le relief et donne \u00e0 l&#8217;ensemble un \u00ab\u00a0effet de r\u00e9el\u00a0\u00bb \u00e0 qui il prend le nom. Z\u00e9non aurait aim\u00e9 faire l&#8217;exp\u00e9rience de cet inach\u00e8vement qu&#8217;il aurait lui-m\u00eame d\u00e9cid\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le temps pass\u00e9, la trace.<\/strong><\/p>\n<p>Ce n&#8217;est plus la trace de la brosse \u00e0 la surface de la toile mais de notre circulation de point en point, de clicks en liens, de pages en sites, de choix s\u00e9mantiques en actes de consommation d&#8217;o\u00f9 surgit l&#8217;\u0153uvre. C&#8217;est aussi parfois la trace de notre circulation au-del\u00e0 des r\u00e9seaux dans les univers tridimensionnels (VR) dont le tra\u00e7age devient parfois \u00e9l\u00e9ment visible de la composition <a href=\"http:\/\/moben.net\/conquestoftime.htm#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3] <\/a>, parfois argument discret des mutations de notre environnement informationnel. Le monde r\u00e9agit \u00e0 notre pr\u00e9sence, se construit autour de nos actions ou de nos d\u00e9placements. A l&#8217;image du r\u00e9el il prend en compte notre pr\u00e9sence. Contrairement au r\u00e9el il lui donne un sens construit par l&#8217;auteur. Le spectateur\/visiteur devient partie int\u00e9grante de l&#8217;\u0153uvre qui est la trace signifiante de son passage <a href=\"http:\/\/moben.net\/conquestoftime.htm#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4] <\/a>.<\/p>\n<p><strong>Temps r\u00e9el, interactivit\u00e9 et r\u00e9alit\u00e9 virtuelle.<\/strong><\/p>\n<p>Le sentiment d&#8217;interactivit\u00e9 est indissociable de la notion de temps r\u00e9el. Si la formule pr\u00eate \u00e0 discussion, l&#8217;expression \u00ab\u00a0temps r\u00e9el\u00a0\u00bb n&#8217;en recouvre pas moins un concept technique\u00a0: ce qui est produit \u00e0 la vitesse o\u00f9 on le regarde de mani\u00e8re \u00e0 ne laisser percevoir aucun d\u00e9lai entre l&#8217;action et la r\u00e9action qu&#8217;elle induit. Dans l&#8217;histoire des techniques de repr\u00e9sentation, \u00e0 l&#8217;exclusion des effets optiques, c&#8217;est la premi\u00e8re fois qu&#8217;il est possible de produire l&#8217;image, le son, voire certaines sensations de fa\u00e7on quasi instantan\u00e9e. Il en d\u00e9coule pour le spectateur la possibilit\u00e9 d&#8217;une repr\u00e9sentation changeante et non grav\u00e9e dans le marbre. Mais aussi une repr\u00e9sentation qui peut r\u00e9agir \u00e0 nos actions. On ne per\u00e7oit l&#8217;interaction que lorsque la r\u00e9action est instantan\u00e9e. Tout retard, dans sa reproductibilit\u00e9, serait interpr\u00e9t\u00e9 en termes d&#8217;effet ou de distance \u2013par exemple le bruit que fait la pierre en touchant l&#8217;eau du puits qui nous permet d&#8217;en estimer l&#8217;\u00e9loignement. C&#8217;est parce que je vois la lumi\u00e8re s&#8217;allumer en pressant le bouton que je comprends que ce bouton est l&#8217;interface qui me permet d&#8217;agir sur la lumi\u00e8re. Si l&#8217;allumage se d\u00e9clenchait en retard, il me faudrait multiplier les exp\u00e9riences pour comprendre la relation de causalit\u00e9.<\/p>\n<p>Lorsque l&#8217;action d\u00e9termine de fa\u00e7on imm\u00e9diate des changements dans la repr\u00e9sentation, la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9 virtuelle\u00a0\u00bb devient possible. Tout d&#8217;abord parce qu&#8217;il devient possible de d\u00e9placer le point de vue tout en sachant que la perspective en serait modifi\u00e9e d&#8217;autant. Ensuite parce que le monde peut se reconfigurer pour r\u00e9agir \u00e0 notre pr\u00e9sence. C&#8217;est aussi gr\u00e2ce au calcul en temps r\u00e9el qu&#8217;il est possible d&#8217;introduire la virtualit\u00e9 dans la repr\u00e9sentation. En effet, si la virtualit\u00e9 est le propre du r\u00e9el, comme devenir potentiel en passe d&#8217;actualisation, elle est introduite par les technologies de la R\u00e9alit\u00e9 Virtuelle dans le domaine de la fiction. La fiction est enfin susceptible d&#8217;un devenir.<\/p>\n<p><strong>Le Virtuel et l&#8217;esth\u00e9tique du devenir.<\/strong><\/p>\n<p>Les artistes s&#8217;approprient le virtuel car il semble apporter une r\u00e9ponse dans la repr\u00e9sentation au sentiment d&#8217;acc\u00e9l\u00e9ration de l&#8217;histoire. L&#8217;oeuvre ne cherche plus \u00e0 traduire une perfection statique et d\u00e9finitive. Elle tente plut\u00f4t de traduire la mouvance des choses. L&#8217;\u00e9criture de l&#8217;oeuvre interactive se fait au travers de la d\u00e9finition et de l&#8217;organisation des facteurs de mutation et des param\u00e8tres d&#8217;interaction. Nous parlions de la n\u00e9cessit\u00e9 de surfaces de rebond pour prendre la mesure de l&#8217;espace qu&#8217;on habite, ici le monde de fiction \u00e0 vivre est une surface qui se donne \u00e0 lire par sa mani\u00e8re de r\u00e9fl\u00e9chir l&#8217;image contingente du visiteur. Dans ce reflet, c&#8217;est la distorsion qui est la raison du sens. Dans un monde de fiction la normalit\u00e9 est un choix qui frappe par l&#8217;intention. Si dans un univers virtuel un objet qui tombe se brise sur le sol, le visiteur est frapp\u00e9 par ce choix de l&#8217;auteur alors que dans le monde physique le spectateur de l&#8217;incident s&#8217;interrogerait sur la nature de l&#8217;objet et l&#8217;ampleur de la perte.<\/p>\n<p>Dans l&#8217;oeuvre interactive les lois du devenir trahissent l&#8217;intention de l&#8217;auteur. Dans le r\u00e9el physique elles sont \u00e0 comprendre mais ne justifient pas n\u00e9cessairement l&#8217;interpr\u00e9tation.<\/p>\n<p><strong>La plasticit\u00e9 intrins\u00e8que du virtuel<\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;artiste joue de la virtualit\u00e9 car elle est la d\u00e9finition m\u00eame de la plasticit\u00e9. Est plastique ce qui est susceptible d&#8217;un devenir formel durable. C&#8217;est la virtualit\u00e9 de la forme incarn\u00e9e dans la mati\u00e8re qui fait la plasticit\u00e9. C&#8217;est pour l&#8217;artiste l&#8217;opportunit\u00e9 d&#8217;un nouveau mat\u00e9riau qui s&#8217;offre \u00e0 lui. Il en explore et en travaille les propri\u00e9t\u00e9s avec l&#8217;enthousiasme et la circonspection qui caract\u00e9rise l&#8217;enfant qui d\u00e9couvre la plasticit\u00e9 de la glaise. Ma\u00eetriser le devenir d&#8217;un univers con\u00e7u comme une construction signifiante. Jouer de ses surprises pour permettre au visiteur de vivre pleinement sa diff\u00e9rence dans un dialogue unique, sans cesse renouvel\u00e9, et l\u00e0 pour lui seul.<\/p>\n<p><strong>La rh\u00e9torique du virtuel\u00a0: g\u00e9n\u00e9rativit\u00e9, \u00e9volutionnisme, comportementalisme.<\/strong><\/p>\n<p>Ces mondes pr\u00e9fabriqu\u00e9s sont autant de constructions de sens qui ne sauraient se passer de r\u00e9f\u00e9rent. Dans toute repr\u00e9sentation l&#8217;homme recherche un point d&#8217;appui. Comme nous l&#8217;avons vu c&#8217;est l&#8217;\u00e9cart par rapport \u00e0 la norme qui fait sens. Dans la repr\u00e9sentation photographique, le r\u00e9f\u00e9rent est la mani\u00e8re qu&#8217;a le monde de r\u00e9fl\u00e9chir la lumi\u00e8re qu&#8217;il re\u00e7oit. C&#8217;est ce que le photographe capture. C&#8217;est ce qui nous donne acc\u00e8s au sujet ainsi traduit. Dans la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle il ne s&#8217;agit pas n\u00e9cessairement de cr\u00e9er un univers illusionniste fond\u00e9 sur des effets de surface, si la perspective appara\u00eet parfois plus comme contrainte que comme choix, ce qui int\u00e9resse l&#8217;artiste c&#8217;est comment les lois d&#8217;\u00e9volution et de comportement qui r\u00e9gissent l&#8217;univers qu&#8217;il donne \u00e0 vivre vont servir le propos. Derri\u00e8re la surface des choses repr\u00e9sent\u00e9es, s&#8217;articulent les lois qui structurent l&#8217;oeuvre. Elles d\u00e9terminent\u00a0:<\/p>\n<p>Comment les choses apparaissent, \u00e9voluent, r\u00e9agissent\u00a0?<\/p>\n<p>Comment est construit l&#8217;espace\u00a0?<\/p>\n<p>Comment sont d\u00e9finies les modalit\u00e9s d&#8217;interaction\u00a0?<\/p>\n<p>Les mod\u00e8les r\u00e9f\u00e9rents qui permettent de d\u00e9finir ces composantes sont \u00e0 puiser dans le r\u00e9el physique. Les mod\u00e8les g\u00e9n\u00e9tiques permettent d&#8217;alimenter les formes g\u00e9n\u00e9ratives de cr\u00e9ation, d\u00e9finissant des g\u00e8nes algorithmiques. De m\u00eame il faut explorer le potentiel structurel des th\u00e9ories \u00e9volutionnistes, analyser les comportements de individuels et collectifs pour les transposer dans l&#8217;ordre du symbolique. C&#8217;est en effet \u00e0 ce stade que cet <em>infra-r\u00e9alisme <\/em>, fond\u00e9 sur la r\u00e9f\u00e9rence aux strates qui derri\u00e8re la surface des choses pr\u00e9sident \u00e0 l&#8217;apparence du r\u00e9el physique, d\u00e9passe le stade de la simple simulation. Les mod\u00e8les comportementaux peuvent s&#8217;appliquer \u00e0 des messages \u00e9crits, l&#8217;\u00e9volutionnisme peut s&#8217;appliquer aux mutations \u00e9v\u00e9nementielles, les lois de comportement peuvent donner un sens nouveau \u00e0 une architecture en perp\u00e9tuel devenir, testant ses capacit\u00e9s d&#8217;adaptation sur le visiteur. La rh\u00e9torique du virtuel reste \u00e0 \u00e9crire, elle passera n\u00e9cessairement par l&#8217;analyse des tropes du genre mais il faudra pour cela que la mati\u00e8re soit plus largement travaill\u00e9e, explor\u00e9e, tritur\u00e9e.<\/p>\n<h3><a name=\"_Toc5436863\"><\/a>P.S. L&#8217;art, le passe temps et autres pratiques ludiques de survie.<\/h3>\n<p><strong>Le temps dans l&#8217;art, l&#8217;interaction, le jeu<\/strong><\/p>\n<p>Il semblerait que l&#8217;introduction de l&#8217;interactivit\u00e9 dans le champ de la production culturelle ait fait basculer celle-ci vers un domaine r\u00e9put\u00e9 mineur\u00a0: le jeu. Ma surprise fut r\u00e9elle quand pr\u00e9sentant ma premi\u00e8re installation interactive <a href=\"http:\/\/moben.net\/conquestoftime.htm#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5] <\/a>on m&#8217;objecta\u00a0: \u00ab\u00a0c&#8217;est un jeu vid\u00e9o\u00a0\u00bb. Je comprenais bien qu&#8217;il y avait quelque chose de n\u00e9gatif derri\u00e8re le commentaire mais il ne m&#8217;apparut qu&#8217;un peu plus tard que cela signifiait clairement\u2026 que \u00e7a n&#8217;avait rien \u00e0 voir avec l&#8217;Art. Bien entendu il y avait quelque chose d&#8217;intentionnel dans la r\u00e9f\u00e9rence que je faisais au jeu dans cette installation qui transformait la qu\u00eate de l&#8217;image de Dieu en jeu vid\u00e9o. Du moins formellement. Jean-Paul Fargier avait eu la courtoisie de parler dans <em>Le Monde <\/em>de \u00ab\u00a0jeu vid\u00e9o m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb et j&#8217;en suis venu \u00e0 me demander si tout ne se passait pas au niveau de l&#8217;enjeu. Dans <em>Dieu est-il plat\u00a0? <\/em>il n&#8217;y a rien \u00e0 gagner. C&#8217;est une situation questionnante comme bien d&#8217;autres que j&#8217;ai produites depuis. Les modalit\u00e9s du discours reproduisent n\u00e9anmoins certains sch\u00e9mas propres au jeu vid\u00e9o. M&#8217;interrogeant sur le fait que cette forme m&#8217;apparaissait comme une \u00e9vidence et comme une n\u00e9cessit\u00e9 du propos, j&#8217;en suis venu \u00e0 repenser la question du statut de l&#8217;acte artistique dans l&#8217;ensemble des activit\u00e9s humaines. J&#8217;esp\u00e9rais mesurer ainsi l&#8217;\u00e9cart qui s\u00e9parait cet objet de \u00ab\u00a0l&#8217;oeuvre d&#8217;art v\u00e9ritable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Le temps \u00e0 perdre, le passe temps et la cr\u00e9ation artistique.<\/strong><\/p>\n<p>Parmi les jeux, un jeu me paraissait \u00e0 part, moins complexe et peut \u00eatre plus embl\u00e9matique. C&#8217;est ce que l&#8217;on appelle un jeu de patience. C&#8217;est en g\u00e9n\u00e9ral un jeu qui se joue seul, on aligne les cartes \u00e0 jouer dans un ordre immuable. Lorsque le hasard nous souris, l&#8217;ensemble du paquet se retrouve sur la table, sinon on reste bloqu\u00e9 et on est oblig\u00e9 de recommencer. Que l&#8217;on gagne ou que l&#8217;on perde cela ne change rien \u00e0 \u2018\u00e9tape suivante qui consiste \u00e0 rejouer. Il est rare de comptabiliser le nombre de r\u00e9ussites ou le nombre d&#8217;\u00e9chec. En fait on gagne \u00e0 tous les coups puisque l&#8217;objectif est ici de se cr\u00e9er une finalit\u00e9 d&#8217;emprunt, un objectif provisoire qui justifie que l&#8217;on accepte le temps qui passe gr\u00e2ce \u00e0 ce \u00ab\u00a0passe temps\u00a0\u00bb. Que l&#8217;on accepte encore de ne pas avoir d&#8217;autre finalit\u00e9 que celle d&#8217;exister.<\/p>\n<p>La r\u00e9signation, la vie en raccourcis.<\/p>\n<p>Il m&#8217;appara\u00eet maintenant que l&#8217;ensemble des activit\u00e9s humaines qui ne proc\u00e8dent pas d&#8217;une fonction imm\u00e9diate de survie (se nourrir, se reproduire, se prot\u00e9ger) emploient en fait le mode ludique comme unique solution pour continuer d&#8217;accepter ce qui semblait si difficile pour Pascal\u00a0: rester \u00e0 ne rien faire. Appr\u00e9cier le temps qui passe sans m\u00eame se cr\u00e9er de finalit\u00e9s provisoires en l&#8217;absence de finalit\u00e9s acceptables. Les domaines sont nombreux qui font appel au jeu pour nous aider \u00e0 vivre. La philosophie, la recherche scientifique fondamentale, la th\u00e9ologie, et enfin la cr\u00e9ation artistique. L&#8217;objectif provisoire id\u00e9al doit \u00eatre comme l&#8217;horizon, il fuit quand on l&#8217;approche. L&#8217;art est de ces jeux sans cesse recommenc\u00e9s et dans sa variante du vingti\u00e8me si\u00e8cle il fait de la d\u00e9finition de nouvelles r\u00e8gles sa finalit\u00e9 premi\u00e8re. Le meilleur artiste serait alors celui qui joue le mieux les r\u00e8gles qu&#8217;il a invent\u00e9es. Celui qui donne le plus de consistance au temps qui lasse les autres. Au vingt et uni\u00e8me si\u00e8cle l&#8217;artiste sera peut \u00eatre celui qui d\u00e9finit non seulement sa pratique mais les r\u00e8gles de mutation qui r\u00e9giront la pratique des autres, et r\u00e9ciproquement, du moins le croira-t-il. Soucieux de ne pas me mettre dans une situation inconfortable, en refusant les planches de survie, je m&#8217;estimais provisoirement \u00e9pargn\u00e9 pour avoir constat\u00e9 qu&#8217;en explorant le jeu comme r\u00e9f\u00e9rent canonique de l&#8217;art interactif je ne faisais que rendre transparent un processus peut \u00eatre l\u00e9gitime. Encore un simulacre qui donne du plaisir, pour un temps.[\/vc_column_text][\/vc_column][\/vc_row]<\/p>\n<!-- Begin Yuzo --><div class='yuzo_related_post style-1'  data-version='5.12.81'><!-- without result --><div class='yuzo_clearfixed yuzo__title yuzo__title'><h3>Related Works<\/h3><\/div>\n\t\t\t\t\t\t  <div class=\"relatedthumb \" style=\"width:135px;float:left;overflow:hidden;text-align:center;\">  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <a  href=\"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/2000\/06\/12\/architecture-scenographies-interactives\/\"  >\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <div class=\"yuzo-img-wrap \" style=\"width: 135px;height:100px;\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"yuzo-img\" style=\"background:url('https:\/\/benayoun.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/MB_LOGO_ICO-150x150.webp') 50% 50% no-repeat;width: 135px;height:100px;margin-bottom: 5px;background-size: cover;  border-radius: 5% \"><\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t\t   <span class=\"yuzo__text--title\" style=\"font-size:13px;\">Architecture sc\u00e9nographies interactives<\/span>\n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <\/a>\n\n\t\t\t\t\t\t  <\/div>\n\t\t\t\t\t\t  <div class=\"relatedthumb \" style=\"width:135px;float:left;overflow:hidden;text-align:center;\">  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <a  href=\"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/1992\/03\/13\/ame-art-after-museum-2\/\"  >\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <div class=\"yuzo-img-wrap \" style=\"width: 135px;height:100px;\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"yuzo-img\" style=\"background:url('https:\/\/benayoun.com\/wp-content\/uploads\/1992\/03\/unsaspourame-150x150.webp') 50% 50% no-repeat;width: 135px;height:100px;margin-bottom: 5px;background-size: cover;  border-radius: 5% \"><\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t\t   <span class=\"yuzo__text--title\" style=\"font-size:13px;\">AME: Art After Museum<\/span>\n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <\/a>\n\n\t\t\t\t\t\t  <\/div>\n\t\t\t\t\t\t  <div class=\"relatedthumb \" style=\"width:135px;float:left;overflow:hidden;text-align:center;\">  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <a  href=\"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/2002\/05\/12\/la-machine-a-idees\/\"  >\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <div class=\"yuzo-img-wrap \" style=\"width: 135px;height:100px;\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"yuzo-img\" style=\"background:url('https:\/\/benayoun.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/MB_LOGO_ICO-150x150.webp') 50% 50% no-repeat;width: 135px;height:100px;margin-bottom: 5px;background-size: cover;  border-radius: 5% \"><\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t\t   <span class=\"yuzo__text--title\" style=\"font-size:13px;\">La Machine \u00e0 id\u00e9es<\/span>\n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <\/a>\n\n\t\t\t\t\t\t  <\/div>\n\t\t\t\t\t\t  <div class=\"relatedthumb \" style=\"width:135px;float:left;overflow:hidden;text-align:center;\">  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <a  href=\"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/1983\/09\/13\/935-m-de-bande-daniel-buren\/\"  >\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <div class=\"yuzo-img-wrap \" style=\"width: 135px;height:100px;\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"yuzo-img\" style=\"background:url('https:\/\/benayoun.com\/wp-content\/uploads\/1991\/09\/buren2s-150x150.webp') 50% 50% no-repeat;width: 135px;height:100px;margin-bottom: 5px;background-size: cover; 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The Eyes of the City<\/span>\n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <\/a>\n\n\t\t\t\t\t\t  <\/div>\n\t\t\t\t\t\t  <div class=\"relatedthumb \" style=\"width:135px;float:left;overflow:hidden;text-align:center;\">  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <a  href=\"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/1999\/07\/11\/un-monde-trop-humain\/\"  >\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <div class=\"yuzo-img-wrap \" style=\"width: 135px;height:100px;\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"yuzo-img\" style=\"background:url('https:\/\/benayoun.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/MB_LOGO_ICO.webp') 50% 50% no-repeat;width: 135px;height:100px;margin-bottom: 5px;background-size: cover;  border-radius: 5% \"><\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t\t   <span class=\"yuzo__text--title\" style=\"font-size:13px;\">Un monde trop humain: Nouveaux, meilleurs et autre...<\/span>\n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <\/a>\n\n\t\t\t\t\t\t  <\/div>\n<\/div> <style>\n\t\t\t\t\t\t\t\t.yuzo_related_post img{width:130px !important; height:120px !important;}\n\t\t\t\t\t\t\t\t.yuzo_related_post .relatedthumb{line-height:15px;background: !important;color:!important;}\n\t\t\t\t\t\t\t\t.yuzo_related_post .relatedthumb:hover{background:#ffffff !important; -webkit-transition: background 0.2s linear; -moz-transition: background 0.2s linear; -o-transition: background 0.2s linear; transition: background 0.2s linear;;color:!important;}\n\t\t\t\t\t\t\t\t.yuzo_related_post .relatedthumb a{color:!important;}\n\t\t\t\t\t\t\t\t.yuzo_related_post .relatedthumb a:hover{ color:}!important;}\n\t\t\t\t\t\t\t\t.yuzo_related_post .relatedthumb:hover a{ color:!important;}\n\t\t\t\t\t\t\t\t.yuzo_related_post .yuzo_text {color:!important;}\n\t\t\t\t\t\t\t\t.yuzo_related_post .relatedthumb:hover .yuzo_text {color:!important;}\n\t\t\t\t\t\t\t\t.yuzo_related_post .relatedthumb{  margin: 0px  0px  0px  0px;   padding: 5px  5px  5px  5px;  }\n\t\t\t\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/style> <script>\n\t\t\t\t\t\t  jQuery(document).ready(function( $ ){\n\t\t\t\t\t\t\t\/\/jQuery('.yuzo_related_post').equalizer({ overflow : 'relatedthumb' });\n\t\t\t\t\t\t\tjQuery('.yuzo_related_post .yuzo_wraps').equalizer({ columns : '> div' });\n\t\t\t\t\t\t   })\n\t\t\t\t\t\t  <\/script> <!-- End Yuzo :) -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte pour la revue e-what, Conquest of Time<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":20868,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"quote","meta":{"footnotes":""},"categories":[188],"tags":[],"class_list":["post-18648","post","type-post","status-publish","format-quote","has-post-thumbnail","hentry","category-words-zh-hans","post_format-post-format-quote"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18648","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18648"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18648\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21242,"href":"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18648\/revisions\/21242"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20868"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18648"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18648"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18648"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}