{"id":18713,"date":"1998-06-11T11:54:05","date_gmt":"1998-06-11T03:54:05","guid":{"rendered":"http:\/\/benayoun.com\/moben\/1998\/06\/11\/actualite-de-lart-maurice-benayoun\/"},"modified":"2017-03-19T14:46:45","modified_gmt":"2017-03-19T06:46:45","slug":"actualite-de-lart-maurice-benayoun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/1998\/06\/11\/actualite-de-lart-maurice-benayoun\/","title":{"rendered":"Bruno Caillet: &#8220;Actualit\u00e9 de l&#8217;art : Maurice Benayoun&#8221;"},"content":{"rendered":"<p>Conference de Bruno Caillet, 1998<\/p>\n<p>Immerg\u00e9 dans un espace constitu\u00e9 d&#8217;un m\u00eame \u00e9cran, le public (\u00e9quip\u00e9 de lunettes \u00e0 cristaux liquides et d&#8217;un capteur de ses propres mouvements) est invit\u00e9 \u00e0 un safari photo au pays de la guerre . L&#8217;espace vid\u00e9o num\u00e9rique dans lequel le spectateur est plong\u00e9 n&#8217;est que ruine, le ciel noir semble obscurci par des fum\u00e9es d&#8217;incendies, on croise des colonnes de soldats, des chars, des morts \u00e0 nos pieds et des r\u00e9fugi\u00e9s. On peut s&#8217;arr\u00eater face aux b\u00e2timents, les traverser. Tout est virtuel \u00e0 part les images d&#8217;\u00eatres humains qui, elles, sont bi-dimensionnelles et r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 partir de photos d&#8217;actualit\u00e9s, ce qui les rend plus saisissantes encore. Une musique impose une atmosph\u00e8re \u00e9trangement silencieuse et lourde, d&#8217;une violence tranquille&#8230; les bombardements semblent venir au loin. Quelques fois, un son plus puissant ; un avion de chasse passe au-dessus de vous. Munis d&#8217;un appareil photographique, vous pouvez saisir une sc\u00e8ne. Le son du d\u00e9clic alors, comme un &#8220;shoot &#8221; (tirer\/prendre) suspend l&#8217;ambiance. Apr\u00e8s le flash vous d\u00e9couvrez que l&#8217;objet de la photographie est devenu blanc. Seul demeure l&#8217;environnement soustrait des silhouettes que vous avez saisis. Pour clore cette &#8220;escapade &#8221; chaque spectateur re\u00e7oit les photographies qu&#8217;il a prises. C&#8217;est avec World Skin , que Maurice Benayoun \u00e9tablit en 1998 la complexit\u00e9 et la compl\u00e9tude du travail que nous allons d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p>Ce type d&#8217;exp\u00e9rience n&#8217;est possible qu&#8217;avec l&#8217;utilisation de nouvelles technologies bas\u00e9es sur l&#8217;informatique et les t\u00e9l\u00e9communications. Ces nouveaux outils sont en train de bouleverser nos comportements individuels et collectifs. Il ne s&#8217;agit pas simplement &#8220;d&#8217;\u00eatre dans le vent &#8221; mais de consid\u00e9rer que ces technologies, m\u00eal\u00e9es aux logiques des flux financiers internationaux engagent ce que certains appellent une &#8220;r\u00e9volution informationnelle &#8220;. L&#8217;essentiel des recherches et critiques indiquent des bouleversements de nos pratiques, plus puissants que ceux engag\u00e9s lors de la r\u00e9volution industrielle. C&#8217;est alors une question globale de repr\u00e9sentation qui se joue, peut-\u00eatre aussi forte que celle qui suivit l&#8217;invention de Gutemberg. Benjamin a montr\u00e9, dans une d\u00e9monstration certes politiquement et contextuellement marqu\u00e9e que l&#8217;infrastructure environnementale et l&#8217;\u0153uvre sont li\u00e9es. Parce que ces nouvelles technologies traitent de l&#8217;image et du son, il semble normal que les artistes s&#8217;en emparent. Pourtant nous avons assist\u00e9 durant une longue p\u00e9riode \u00e0 une esp\u00e8ce de vide, un &#8220;art technologique &#8221; o\u00f9 le seul enjeu semblait la d\u00e9monstration des capacit\u00e9s techniques de la machine. Les r\u00e9cents progr\u00e8s permettent une manipulation plus libre, presque infinie de ces outils. D\u00e8s lors peut appara\u00eetre le sens, l&#8217;\u00e9motion, une certaine question de l&#8217;art.<\/p>\n<p>Maurice Benayoun fait parti de ces nouveaux cr\u00e9ateurs. Est-il artiste, producteur, professeur ou chef d&#8217;entreprise ? Il m\u00eale ces diff\u00e9rentes fonctions. Il est \u00e0 l&#8217;image de ces artistes d&#8217;un autre genre, techno-inventeur, vid\u00e9o-scientifique&#8230; N\u00e9 en 1957 \u00e0 Mascara, il suit une formation de plasticien et reste dubitatif face aux ann\u00e9es 80. A la question comment peindre aujourd&#8217;hui ? Il s&#8217;essaie \u00e0 la vid\u00e9o, devient producteur puis se confronte aux images de synth\u00e8ses quand celles ci dessineront autre chose que des formes volum\u00e9triques grossi\u00e8res. Ce parcours n&#8217;est pas celui de ces opportunistes \u00e0 l&#8217;aff\u00fbt de nouveaut\u00e9. Ni technophile, ni technophobe, il d\u00e9veloppe une v\u00e9ritable pens\u00e9e face \u00e0 des techniques qu&#8217;il appr\u00e9hende avec humour et sens critique. Ces \u0153uvres expos\u00e9es cette ann\u00e9e \u00e0 la &#8220;cit\u00e9 des sciences et de l&#8217;industrie &#8221; \u00e0 Paris et au &#8220;festival Imagina &#8221; de Monaco, montrent une nouvelle attitude artistique et posent donc la question de nouveaux rep\u00e8res critiques. Celle du r\u00e9alisme par exemple ou comment le virtuel questionne le r\u00e9el. A travers l&#8217;\u00e9tude de quatre de ses travaux nous verrons comment le paradigme de l&#8217;art contemporain op\u00e8rent diff\u00e9remment, et quels semblent \u00eatre les nouveaux crit\u00e8res de cr\u00e9ation. Comment poser la question du r\u00e9el et comment laisser appara\u00eetre le sens et le sensible ? Comment peindre aujourd&#8217;hui ?<\/p>\n<p>De nouveaux rep\u00e8res<\/p>\n<p>Difficult\u00e9 de consid\u00e9rer la question de l&#8217;art : De la fin d&#8217;un paradigme ?<\/p>\n<p>Parce que les supports et les outils sont diff\u00e9rents, nous sommes un peu perplexes quant \u00e0 l&#8217;analyse de ces nouvelles formes. Avec les nouvelles technologies, l&#8217;artiste n&#8217;est plus un personnage &#8220;isol\u00e9 et souffrant &#8220;. Ce sont souvent des \u00e9quipes de production qui r\u00e9alisent le travail. En l&#8217;esp\u00e8ce, m\u00eame si Maurice Benayoun signe ses \u0153uvres, c&#8217;est une soci\u00e9t\u00e9 de production, celle dont il est directeur artistique : Z-A, qui les produit et les r\u00e9alise. L&#8217;objet d&#8217;art quant \u00e0 lui devient souvent immat\u00e9riel, il consiste, dans sa mati\u00e8re, en un programme informatique, suite binaire de 0 et de 1. Difficiles \u00e0 pr\u00e9senter au public, le co\u00fbt de diffusion d&#8217;une \u0153uvre comme World Skin est de l&#8217;ordre de sept millions de francs. La question du march\u00e9 se pose alors. Il n&#8217;y a pas ou peu de collectionneurs. Malgr\u00e9 une vente de l&#8217;artiste Fred Forest, o\u00f9 l&#8217;acheteur a acquis un code qui lui permet de voir l&#8217;\u0153uvre sur Internet, il semble ne pas exister de possibilit\u00e9 de penser un march\u00e9, la mise en jeu de cette question est d&#8217;ailleurs le seul int\u00e9r\u00eat de cette derni\u00e8re exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Parce qu&#8217;il n&#8217;y pas d&#8217;objet au sens propre, comment trouver un lieu de pr\u00e9sentation qui puisse l\u00e9gitimer ce genre de travaux ? Les lieux de pr\u00e9sentations de ces \u0153uvres aujourd&#8217;hui sont surtout le r\u00e9seau Internet, mais les sites n&#8217;offrent pas forc\u00e9ment une cr\u00e9dibilit\u00e9 ou l\u00e9gitimit\u00e9 reconnue. Dans ce malstrom chacun pose ses propres rep\u00e8res, nous quittons alors la sph\u00e8re d&#8217;un pouvoir normatif mus\u00e9al.<\/p>\n<p>Pourtant, malgr\u00e9 ces diff\u00e9rences de rep\u00e8res, le paradigme de l&#8217;\u0153uvre contemporaine n&#8217;est pas fondamentalement remis en cause. Si l&#8217;on consid\u00e8re comme Thierry De Duve que &#8220;fountain &#8221; de Marcel Duchamp pose les bases de l&#8217;art contemporain, nous retenons alors un paradigme en quatre points. Pour qu&#8217;il y ait \u0153uvre, il faut : 1 Un artiste \/ 2 Un objet (r\u00e9f\u00e9rent) \/ 3 Un public \/ 4 Un lieu qui l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>Avec ces nouvelles technologies l&#8217;artiste travaille en \u00e9quipe comme l&#8217;on en a connu d\u00e8s l&#8217;\u00e9poque antique. L&#8217;objet demeure, mat\u00e9riel ou non, ce qui compte c&#8217;est le r\u00e9f\u00e9rent. Le public est partout, dans diff\u00e9rents lieux \u00e0 la fois, le lieu d&#8217;exposition quant \u00e0 lui peut-\u00eatre \u00e9clat\u00e9, virtuel ou celui d&#8217;un salon commercial, d&#8217;un festival&#8230; Le co\u00fbt d&#8217;exposition demeure tellement \u00e9lev\u00e9 que la pr\u00e9sentation tient lieu de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement, le simple fait de diriger le regard vers un objet d&#8217;attention le &#8220;l\u00e9gitime &#8220;.<\/p>\n<p>A la recherche de nouveaux fondements.<\/p>\n<p>Bien qu&#8217;il y ait art, il semble pourtant que nos crit\u00e8res d&#8217;\u00e9valuation soient caducs par rapport \u00e0 ce type de travaux. C&#8217;est pour cela que Maurice Benayoun, se qualifie d&#8217;artiste avec prudence, alors qu&#8217;il revendique une approche plasticienne. Il sait que les crit\u00e8res de l&#8217;art contemporain ne peuvent reconna\u00eetre son travail, il en propose donc de nouveaux. Peut \u00eatre devons-nous, nous aussi remettre en jeu nos grilles d&#8217;\u00e9valuation ? Comment consid\u00e9rer la radicalit\u00e9 de ce type d&#8217;approche ? Avant-gardisme, utopie&#8230; ?<\/p>\n<p>La nature m\u00eame de ces propositions ne nous am\u00e8ne-t-elle pas simplement \u00e0 consid\u00e9rer un nouveau champs de l&#8217;art dont nous devrions \u00e9tablir les crit\u00e8res. Voil\u00e0 quelques questions que pose le travail de Maurice Benayoun, car sa d\u00e9marche est d&#8217;abord plasticienne, c&#8217;est celle aussi d&#8217;un architecte qui con\u00e7oit un espace.<\/p>\n<p>Le jeu comme nouveau rep\u00e8re<\/p>\n<p>Question de l&#8217;interactivit\u00e9<\/p>\n<p>La question de l&#8217;interactivit\u00e9 est au centre de ces nouvelles pratiques, c&#8217;est elle qui explique en partie leur succ\u00e8s. Nous passons d&#8217;une \u00e8re o\u00f9 l&#8217;information agit du sommet vers la base, \u00e0 celle o\u00f9 l&#8217;individu, le public n&#8217;est plus simple r\u00e9cepteur, mais acteur et r\u00e9cepteur de cette information. Il a le pouvoir d&#8217;agir, de reconstruire sa r\u00e9alit\u00e9. La notion d&#8217;interactivit\u00e9 n&#8217;est pas nouvelle dans l&#8217;art. Duchamp une fois encore, avec &#8221; Etant donn\u00e9s &#8221; avait plac\u00e9 le spectateur au centre et comme objet de l&#8217;\u0153uvre. Nombreux ensuite, dans les ann\u00e9es 60 notamment, ont repris ces notions, on pense aux \u0153uvre ouvertes ou aux p\u00e9n\u00e9trables de Soto. Cette question d&#8217;interactivit\u00e9, essentielle dans le travail de Maurice Benayoun l&#8217;int\u00e9resse pour son potentiel ludique. La question du jeu est selon lui r\u00e9v\u00e9latrice des enjeux de l&#8217;art. C&#8217;est un jeu avec soit, avec la reconnaissance du monde ext\u00e9rieur qu&#8217;il propose, la question du jeu devient une question de survie pour l&#8217;homme qui, &#8221; handicap\u00e9 par la conscience doit se d\u00e9faire de cette pression en se cr\u00e9ant des objectifs &#8220;. Les artistes, les philosophes et les scientifiques sont tous dans une qu\u00eate de finalit\u00e9 qui s&#8217;apparente au jeu. Pour Benayoun, le jeu de l&#8217;art ne compte gu\u00e8re dans ces pratiques, ce qui importe c&#8217;est que chacun puisse d\u00e9finir ses propres r\u00e8gles.<\/p>\n<p>Le diable est-il courbe ? &#8211; 1995<\/p>\n<p>C&#8217;est peut-\u00eatre avec Le diable est-il courbe? que Maurice Benayoun pose le mieux la question du jeu. Cette \u0153uvre fut pr\u00e9sent\u00e9e lors du festival Imagina (Monaco) en 1995. Muni de lunettes \u00e0 cristaux liquides, permettant de percevoir la tri-dimensionalit\u00e9, le spectateur est confront\u00e9 \u00e0 un \u00e9cran. Gr\u00e2ce \u00e0 un &#8221; Joystick &#8221; ou &#8220;space ball&#8221;- appareils munis de capteurs de mouvements &#8211; le spectateur peut se d\u00e9placer dans cet univers. Il est d&#8217;abord enferm\u00e9 dans un &#8221; cube de ciel &#8221; les quatre faces bien que cl\u00f4turant un espace, semblent faites de ciel. Chaque mouvement du spectateur permet de cr\u00e9er des couloirs labyrinthiques, dont les murs sont d&#8217;une m\u00eame mati\u00e8re (ou non-mati\u00e8re ?) de ciel. Ce voyage qui vous englobe dans cette architecture a\u00e9rienne n&#8217;est pas vain. En effet, le spectateur- explorateur d\u00e9couvre par hasard, au travers des portions d&#8217;espaces vid\u00e9es du ciel, une forme organique souple plus ou moins anthropomorphique. Ces formes rondes vont modifier leurs comportements selon notre approche. Cette forme nomm\u00e9e &#8221; diabolo &#8221; n&#8217;est pas insensible \u00e0 notre regard et \u00e0 nos gestes. Tout de chair offerte, elle frissonne, semble jouir selon notre envie. C&#8217;est une machine \u00e0 s\u00e9duire, proprement diabolique, qui nous coince au fond d&#8217;un couloir. Si vous vous \u00e9loignez, elle vous rappellera, jusqu&#8217;\u00e0 dispara\u00eetre si vous ne la regardez pas.<\/p>\n<p>Ici l&#8217;artiste tend \u00e0 &#8221; peindre &#8221; un id\u00e9al de s\u00e9duction tout en courbe, et au del\u00e0 d&#8217;un simple jeu sensuel ; c&#8217;est dans un jeu de charmes qu&#8217;il nous place, au c\u0153ur des fantasmes de cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision ; la production de formes qui de mani\u00e8re automatique, s\u00e9duit le public. C&#8217;est le syst\u00e8me m\u00e9diam\u00e9trique r\u00eav\u00e9 qu&#8217;il interroge, ainsi que nos comportements et pratiques d\u00e9sireuses. Le jeu, d\u00e9tourn\u00e9 est devenu total, qui joue avec et de qui ?<\/p>\n<p>Le virtuel comme question du r\u00e9el<\/p>\n<p>Un r\u00e9alisme \u00e0 d\u00e9tourner<\/p>\n<p>Le r\u00e9el comme r\u00e9f\u00e9rent<\/p>\n<p>Une des premi\u00e8res questions pos\u00e9e par ce travail est la question de la virtualit\u00e9. Comme artiste il se confronte au r\u00e9el, mais Baudrillardien dans l&#8217;\u00e2me, tout pour lui est simulacre. Alors sa virtualit\u00e9 n&#8217;est pas automatique ou pire &#8211; il abhorre &#8211; al\u00e9atoire. Sa copie est une &#8221; r\u00e9elle r\u00e9alit\u00e9 &#8220;. Chez lui, la virtualit\u00e9 est une fluidit\u00e9 et ce sont les lois et non les formes qui sont reproduites. Le comportement du &#8221; diabolo &#8220;, par exemple est d\u00e9finie en fonction de courbes logarithmiques calqu\u00e9es sur l&#8217;\u00e9tude de nos comportements. Il ne r\u00e9agira pas de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 nos diff\u00e9rentes attitudes. Le virtuel devient le propre du r\u00e9el. R\u00e9actives, ces \u0153uvres fonctionnent alors comme un miroir, ce nouvel espace devient compr\u00e9hensible et c&#8217;est en cela qu&#8217;il acquiert un sens. Car pour Maurice Benayoun, le spectateur doit \u00eatre un \u00e9l\u00e9ment perturbateur, quel int\u00e9r\u00eat si l&#8217;\u0153uvre est autonome ? Renversant ainsi les fondements de l&#8217;esth\u00e9tique moderne, il met ici le corps en jeu. Il r\u00e9p\u00e8te alors, plus avant la r\u00e9volution qu&#8217;engendra Matisse avec La Danse ; de l&#8217;espace de chevalet \u00e0 l&#8217;espace th\u00e9\u00e2tral, nous p\u00e9n\u00e9trons maintenant un espace global, &#8221; plus r\u00e9el que le r\u00e9el &#8221; mais qui pourtant n&#8217;est mim\u00e9tique en rien. Car apr\u00e8s avoir reproduit ces lois, l&#8217;artiste va jouer \u00e0 les d\u00e9ranger, en introduisant par exemple de fausses lois comportementales il cr\u00e9e de nouveaux signifiants. De nouveaux enjeux du monde se dessinent alors et c&#8217;est l\u00e0 que se produit la fracture avec le r\u00e9alisme.<\/p>\n<p>Une manipulation des lois.<\/p>\n<p>C&#8217;est avec World Skin , que Maurice Benayoun pose de mani\u00e8re la plus troublante la question du r\u00e9el. Ce sont les lois de la guerre et de l&#8217;image qu&#8217;il prend et qu&#8217;il nous fait manipuler. Pr\u00e9sent\u00e9e pour la premi\u00e8re fois au festival &#8221; Ars Etectronica &#8221; &#8211; Linz- Autriche &#8211; 1997, sur un syst\u00e8me Cave (\u00e9cran 3 murs + sol). Cette \u0153uvre a un effet extr\u00eamement violent et les comportements des spectateurs \u00e0 son \u00e9gard sont diff\u00e9rents, certains, pris dans un jeu cathartique ne vont cesser de photographier. D&#8217;autres \u00e0 l&#8217;inverse vont refuser ce qui peut aussi ressembler, de par la puissance des moyens mis en oeuvres \u00e0 de la manipulation. La photographie donn\u00e9e \u00e0 la fin, est un papier t\u00e9moin qui prolonge l&#8217;\u0153uvre et lui donne son sens. Tout \u00e0 coup, on saisit la dichotomie entre cette image arr\u00eat\u00e9e et l&#8217;effroi d&#8217;une r\u00e9alit\u00e9 approch\u00e9e. La guerre ici n&#8217;est qu&#8217;une m\u00e9taphore de l&#8217;image.<\/p>\n<p>Alors que la guerre r\u00e9ifie l&#8217;autre, la prise de vues d\u00e9contextualise et d\u00e9poss\u00e8de de l&#8217;intimit\u00e9 de la douleur en m\u00eame temps qu&#8217;elle en t\u00e9moigne.<\/p>\n<p>A la suite de Mc Luhan et de Baudrillard une nouvelle fois, ce sont les m\u00e9dias que l&#8217;artiste questionne ici. Il affirme non seulement que le m\u00e9dium est le seul message, mais que &#8221; la glorieuse image m\u00e9diatique est une arme \u00e0 effacer progressivement le monde &#8220;. Parce que l&#8217;on ne fait que prendre l&#8217;image, le monde ne s&#8217;offre plus qu&#8217;en spectacle.<\/p>\n<p>C&#8217;est la cons\u00e9quence la plus tragique de cela qu&#8217;il met en jeu. On pourrait alors l&#8217;accuser d&#8217;utiliser ce qu&#8217;il critique et de faire sensation de la mis\u00e8re. Mais c&#8217;est un choix d&#8217;artiste qui cr\u00e9e cet univers dans le but de questionner le spectateur et non simplement de satisfaire l&#8217;expression de notre agressivit\u00e9. Sa diff\u00e9rence avec la r\u00e9alit\u00e9 et la trace qu&#8217;elle vous laisse ne peuvent laisser indiff\u00e9rent. On comprend tout \u00e0 coup que &#8221; les v\u00e9rit\u00e9s les plus crues, les plus brutales sont r\u00e9duites dans notre perception, \u00e0 l&#8217;\u00e9tat de surface \u00e9motionnelle.&#8221;<\/p>\n<p>L&#8217;impression r\u00e9sulte-t-elle d&#8217;un simple effet du choc, o\u00f9 de l&#8217;intelligence d&#8217;une \u00e9criture ? Les deux sans doutes, mais ce qui cr\u00e9e d&#8217;abord ce sentiment de malaise c&#8217;est la puissance sensible qui se d\u00e9gage de l&#8217;oeuvre. Maurice Benayoun est ici sur un fil tendu entre le danger d&#8217;esth\u00e9tiser l&#8217;abominable et celui de culpabiliser le spectateur, car la &#8221; bonne conscience &#8221; s&#8217;oppose \u00e0 la &#8221; bonne m\u00e9moire &#8220;, on sait ce que l&#8217;on garde, mais on ne sait pas ce que l&#8217;on enl\u00e8ve, alors le spectateur touriste contribue \u00e0 renforcer la dimension tragique du spectacle, il ne laisse pas le monde \u00e0 sa douleur, il la r\u00e9veille pour son plaisir. En triturant et d\u00e9tournant les r\u00e9alit\u00e9s, il cr\u00e9e si bien du sens que c&#8217;est tout nos rep\u00e8res qu&#8217;il interroge. Au travers de cette exp\u00e9rience, nous sommes une fois encore en plein jeu, et si l&#8217;art est un jeu grave, la guerre en est un autre. Un jeu qui engage le corps sur la question sans cesse martel\u00e9e de la r\u00e9duction de l&#8217;\u00eatre \u00e0 l&#8217;enveloppe.<\/p>\n<p>Vers la suggestion des sens ?<\/p>\n<p>Nous le voyons, la recherche du sens est une constante, rapport au corps, aux d\u00e9sirs, \u00e0 la mort ou aux m\u00e9dias, en plein c\u0153ur des questions pos\u00e9es par les nouvelles technologies, et \u00e0 l&#8217;intersection des d\u00e9finitions de l&#8217;homme, de la machine et du d\u00e9miurge, Maurice Benayoun exploite et questionne le sens des nouvelles dimensions de l&#8217; espace et du temps.<\/p>\n<p>De la question de l&#8217;espace temps<\/p>\n<p>C&#8217;est peut-\u00eatre avec ses &#8220;tunnels&#8221; que Maurice Benayoun \u00e9voque le mieux ces questions. Avec le <em>Tunnel sous l&#8217;Atlantique<\/em> -Centre Georges Pompidou &#8211; Mus\u00e9e d&#8217;art contemporain de Montr\u00e9al 1995 et Le Tunnel Paris-New-Delhi &#8211; Cit\u00e9 des Sciences et de l&#8217;industrie &#8211; Pragati Magdan New Delhi- 1998, il propose une \u0153uvre exp\u00e9rimentale de t\u00e9l\u00e9virtualit\u00e9 permettant \u00e0 des utilisateurs s\u00e9par\u00e9s de plusieurs milliers de kilom\u00e8tres, d&#8217;interagir et de se rencontrer dans un espace virtuel qu&#8217;ils auront contribuer \u00e0 cr\u00e9er. Deux personnes p\u00e9n\u00e8trent aux deux extr\u00e9mit\u00e9s d&#8217;un tunnel virtuel reliant les deux villes. Progressivement, lors de leur avanc\u00e9e l &#8216;un vers l&#8217;autre, la surface du couloir que creusent les spectateurs, r\u00e9v\u00e8le l&#8217;\u00e9quivalent de strates g\u00e9ologiques transform\u00e9es ici en strates iconographiques. Ce sont des images de la m\u00e9moire commune des deux lieux qui nous s\u00e9parent. Ces d\u00e9couvertes alimentent le dialogue entre les deux protagonistes. Une partie compl\u00e9mentaire d&#8217;une m\u00eame composition musicale correspond \u00e9galement \u00e0 chaque participant. Enfin, de chaque c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;exp\u00e9rience, un groupe de spectateurs assiste sur un \u00e9cran g\u00e9ant \u00e0 la progression et aux \u00e9changes des deux explorateurs. La libert\u00e9 d&#8217;exploration est une des caract\u00e9ristiques majeures de ces tunnels. Ces tunnels sont en effet susceptibles d&#8217;\u00e9voluer dans toutes les directions, en montant ou en descendant, \u00e0 gauche et \u00e0 droite et quelque soit l&#8217;angle de rotation. Les utilisateurs peuvent chercher des fragments d&#8217;images dont ils n&#8217;auront aper\u00e7u que certains d\u00e9tails. Gr\u00e2ce \u00e0 un programme &#8221; superviseur &#8221; les comportements plus ou moins chaotiques des spectateurs sont g\u00e9r\u00e9s au fur et \u00e0 mesure de leur recherche et de leurs int\u00e9r\u00eats, jusqu&#8217;\u00e0 ce que les deux spectateurs se rencontrent. Chacun alors peut percevoir dans son champs de vision, l&#8217;image de l&#8217;autre.<\/p>\n<p>Il s&#8217;agit ici de poser la question du temps et de l&#8217;espace. L&#8217;artiste nous projette dans une autre dimension, on ne sais plus bien o\u00f9 agissent nos actes et dans quels temps, puisque c&#8217;est de la m\u00e9moire que l&#8217;on traverse. Bien que la conception de l&#8217;espace soit proche de celle de l&#8217;architecte, il n&#8217;y a pas dans la construction de ces environnements de d\u00e9sir de protection. L&#8217;espace symbolique est de la mati\u00e8re et l&#8217;objet de ce travail est de combiner mati\u00e8re et repr\u00e9sentation. L&#8217;objet s\u00e9mantique devient alors plastique et il est modifi\u00e9 non par ce que je fait mais par ce que suis. Nous assistons donc \u00e0 une modification compl\u00e8te de la question de la repr\u00e9sentation. Ce sont des fragments de question qui rapprochent et s\u00e9parent les spectateurs, ce n&#8217;est plus le temps ni l&#8217;espace. Le fait de creuser, s\u00e9pare les spectateurs alors que le fait de traverser en m\u00eame temps des images les rapproche.<\/p>\n<p>Aux jeux m\u00e9taphysiques .<\/p>\n<p>C&#8217;est avec Dieu est-il plat ? (premi\u00e8re exp\u00e9rience de ce type) (1er extrait &#8211; 1994), que Maurice Benayoun, pose peut \u00eatre le mieux, les questions d&#8217;un ailleurs-autre r\u00e9el. Il nous interroge, nouveaux d\u00e9miurges, sur nos rapports \u00e0 la cr\u00e9ation. C&#8217;est un prototype paradoxal du Diable est il courbe ? qu&#8217;il nous propose. Nous ne sommes plus dans un ciel, mais un m\u00eame espace labyrinthique constitu\u00e9 de briques cette fois. A chaque mouvement, chaque fois que l&#8217;on repousse les m\u00fbrs, des repr\u00e9sentations de Dieu issues de l&#8217;histoire de l&#8217;art, apparaissent , flottant au vent, venant \u00e0 notre rencontre, elles nous transpercent. Mais cette qu\u00eate est solitaire, ma\u00eetre de la r\u00e9alisation et de l&#8217;exploration de ces labyrinthes, le spectateur comprend rapidement qu&#8217;il n&#8217;y aucune issue. La d\u00e9marche est-elle vaine \u00e0 ce point ? Cette qu\u00eate demeure fructueuse pourtant, car elle fait d\u00e9couvrir les multiples repr\u00e9sentations que l&#8217;homme a fait de son cr\u00e9ateur, qu\u00eate r\u00e9aliste puisqu&#8217;en se donnant \u00e0 voir, ces images r\u00e9v\u00e8lent leur absence d&#8217;\u00e9paisseur. Ce &#8221; premier jeu vid\u00e9o m\u00e9taphysique &#8221; selon le mot de Jean Paul Fargier (Le Monde 18\/11\/94) est \u00e0 l&#8217;image de la vie o\u00f9 chacun d\u00e9fini son propre parcours, et \u00e0 l&#8217;image du monde puisque cet espace que l&#8217;on croyait plein et infini s&#8217;av\u00e8re fonctionner comme un espace sph\u00e9rique et fini. En remettant le spectateur au centre de l&#8217;univers, la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle r\u00e9concilie Copernic et Ptol\u00e9m\u00e9e sur la sph\u00e8re plate de nos repr\u00e9sentations.<\/p>\n<p>L&#8217;enjeu est de confronter un monde cr\u00e9e par l&#8217;homme \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9. Ici est repr\u00e9sent\u00e9 un monde qui n&#8217;existe pas si on ne le visite pas. Chacune des r\u00e8gles est une question. Dieu est plat dans un monde plein ; comment peut on \u00eatre tromp\u00e9 par les apparences ?<\/p>\n<p>C&#8217;est en artiste- scientifique qu&#8217;agit Maurice Benayoun. D\u00e9\u00e7u des modes de repr\u00e9sentations classiques, il quitte les ann\u00e9es 80 apr\u00e8s avoir balay\u00e9 nombre d&#8217;utopies. C&#8217;est avec humour et radicalit\u00e9 qu&#8217;il signifie alors son engagement dans le temps et la m\u00e9moire, son questionnement de l&#8217;espace et du r\u00e9el. Cr\u00e9ateur de nouvelles technologies, il n&#8217;est pas dupe des leurres qu&#8217;elles rec\u00e8lent et c&#8217;est pour cela qu&#8217;il prend garde, dans cette projection de l&#8217;individu sur le monde, \u00e0 ce que ces technologies ne servent pas de b\u00e9quilles au sensible, c&#8217;est pour cela qu&#8217;il n&#8217;y a ni utopie, ni gratuit\u00e9, car ce qui int\u00e9resse d&#8217;abord Benayoun, c&#8217;est l&#8217;accident, l&#8217;approche infra r\u00e9aliste qui cr\u00e9e une forme g\u00e9n\u00e9rative, autonome . C&#8217;est ce dernier aspect et la question comportementale qui d\u00e9finissent le mieux la recherche de sens d&#8217;une \u0153uvre virtuelle. L&#8217;\u0153uvre n&#8217;est plus simplement une image, il est n\u00e9cessaire de d\u00e9passer ce malentendu pour comprendre que &#8221; l&#8217;\u0153uvre est au fond de l&#8217;image \u00e0 gauche &#8220;.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 le bref portrait d&#8217;un artiste \u00e0 propos duquel n&#8217;existe pas encore d&#8217;\u00e9tude. Peut-\u00eatre parce que, une nouvelle fois, le bouleversement des crit\u00e8res d&#8217;appr\u00e9ciation rend difficile un jugement. Pour ma part, je reste \u00e9tonn\u00e9 par ce travail et les questions qu&#8217;il pose. Je pense que Benayoun est justement en train de d\u00e9finir ces nouveaux mod\u00e8les d&#8217;appr\u00e9ciation, en m\u00eame temps qu&#8217;il soul\u00e8ve de mani\u00e8re implicite les graves \u00e9cueils inh\u00e9rents \u00e0 ce type de pratique, c&#8217;est pour cela que nous aurons besoin de nouveaux &#8221; critiques-\u00e9thiques d&#8217;art &#8220;. En effet, le premier sentiment que met en avant ce travail, c&#8217;est que la puissance globale de ces techniques permet n&#8217;importe quel type de manipulation, et si le danger n&#8217;est pas dans une difficult\u00e9 \u00e0 faire la part du r\u00e9el et du virtuel (on abandonne ici d\u00e9finitivement toute r\u00e9ticence platonicienne \u00e0 la mim\u00e9sis et \u00e0 l&#8217;illusion), il peut \u00eatre dans le fait d&#8217;une suggestion qui tend \u00e0 dispara\u00eetre. Sous pr\u00e9texte d&#8217;interactivit\u00e9, on peut rapidement prendre le public en otage et laisser sourdre n&#8217;importe quelle forme de d\u00e9magogie. Avec les nouvelles technologies, nous ne sommes plus dans une suggestion r\u00e9tinienne mais dans une prise du corps quelquefois surprenante lorsque l&#8217;on voit par exemple, les installations du groupe Granular Synth\u00e9sis interdites aux personnes \u00e9pileptiques enceintes ou cardiaques. Avec Noise Gate &#8211; M6 (1998), vous passez un sas m\u00e9tallique avant d&#8217;\u00eatre plong\u00e9 dans une puissance de d\u00e9cibels qui agit directement sur votre corps, l\u00e0, vous \u00eates entour\u00e9 d&#8217;un seul visage pris dans des convulsions rapides, le son est un mixage de cris de souffrance et de respiration. L&#8217;actionnnisme viennois d\u00e9passe ici des limites qui laissent dubitatif.<\/p>\n<p>Pour l&#8217;instant, Maurice Benayoun, se prot\u00e8ge en invoquant le jeu avec humour, et en d\u00e9veloppant une pens\u00e9e esth\u00e9tique implacable. Pourtant Word Skin poss\u00e8de tout les ingr\u00e9dients du d\u00e9rapage, peut-\u00eatre alors que la force artistique r\u00e9side dans la gradualisation du danger et dans l&#8217;\u00e9quilibre t\u00e9nu que constitue ce travail. C&#8217;est l\u00e0 peut-\u00eatre, dans cet espace entre r\u00e9el et virtuel, que l&#8217;on pourra faire la diff\u00e9rence entre l&#8217;artiste et le simple fabricant d&#8217;images et environnements.<\/p>\n<!-- Begin Yuzo --><div class='yuzo_related_post style-1'  data-version='5.12.81'><!-- without result --><div class='yuzo_clearfixed yuzo__title yuzo__title'><h3>Related Works<\/h3><\/div>\n\t\t\t\t\t\t  <div class=\"relatedthumb \" style=\"width:135px;float:left;overflow:hidden;text-align:center;\">  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <a  href=\"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/2008\/11\/05\/still-moving\/\"  >\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <div class=\"yuzo-img-wrap \" style=\"width: 135px;height:100px;\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"yuzo-img\" style=\"background:url('https:\/\/benayoun.com\/wp-content\/uploads\/2008\/11\/stillmoving3876-150x150.webp') 50% 50% no-repeat;width: 135px;height:100px;margin-bottom: 5px;background-size: cover;  border-radius: 5% \"><\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t\t   <span class=\"yuzo__text--title\" style=\"font-size:13px;\">Still Moving<\/span>\n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <\/a>\n\n\t\t\t\t\t\t  <\/div>\n\t\t\t\t\t\t  <div class=\"relatedthumb \" style=\"width:135px;float:left;overflow:hidden;text-align:center;\">  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <a  href=\"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/2010\/12\/01\/emotion-forecast\/\"  >\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <div class=\"yuzo-img-wrap \" style=\"width: 135px;height:100px;\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"yuzo-img\" style=\"background:url('https:\/\/benayoun.com\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/eforecast_emx21501-150x150.webp') 50% 50% no-repeat;width: 135px;height:100px;margin-bottom: 5px;background-size: cover;  border-radius: 5% \"><\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t\t   <span class=\"yuzo__text--title\" style=\"font-size:13px;\">Emotion Forecast<\/span>\n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <\/a>\n\n\t\t\t\t\t\t  <\/div>\n\t\t\t\t\t\t  <div class=\"relatedthumb \" style=\"width:135px;float:left;overflow:hidden;text-align:center;\">  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <a  href=\"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/2008\/07\/06\/the-pavillion-of-post-contempary-curating-mupca\/\"  >\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <div class=\"yuzo-img-wrap \" style=\"width: 135px;height:100px;\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"yuzo-img\" style=\"background:url('https:\/\/benayoun.com\/wp-content\/uploads\/2008\/07\/MUPCA-1-150x150.webp') 50% 50% no-repeat;width: 135px;height:100px;margin-bottom: 5px;background-size: cover;  border-radius: 5% \"><\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t\t   <span class=\"yuzo__text--title\" style=\"font-size:13px;\">The Museum of Post-Contempary Art<\/span>\n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <\/a>\n\n\t\t\t\t\t\t  <\/div>\n\t\t\t\t\t\t  <div class=\"relatedthumb \" style=\"width:135px;float:left;overflow:hidden;text-align:center;\">  \n\t\t\t\t\t\t\t  \n\t\t\t\t\t\t\t  <a  href=\"https:\/\/benayoun.com\/zh-hans\/2003\/03\/16\/entretien-avec-maurice-benayoun\/\"  >\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t  <div class=\"yuzo-img-wrap \" style=\"width: 135px;height:100px;\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"yuzo-img\" style=\"background:url('https:\/\/benayoun.com\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/MB_LOGO_ICO.webp') 50% 50% no-repeat;width: 135px;height:100px;margin-bottom: 5px;background-size: cover; 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